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Premières observations sur le gisement gravettien à statuettes féminines d'Amiens-Renancourt 1 (Somme)
Le quartier de Renancourt, situé à l'ouest de la ville d'Amiens, est connu dans la littérature archéologique depuis le début du XXe siècle par les travaux de V. Commont menés dans « l'ancienne briqueterie Devalois ». Jusqu'à une date récente, ce gisement de plein air est resté l'un des rares témoignages du Paléolithique supérieur ancien pour l'ensemble de la région loessique du Nord de la France. À partir des années 1990 et plus particulièrement dès 2010, la découverte de plusieurs gisements dans le cadre de l'archéologie préventive a permis de mieux documenter et d'enrichir notre connaissance de cette période. En 2011, une nouvelle concentration de vestiges, découverte à proximité immédiate des premières fouilles de V. Commont a été mise au jour lors d'un diagnostic archéologique lié à un projet d'aménagement. Ce gisement, désormais appelé Amiens-Renancourt 1, fait l'objet depuis 2014 de campagnes de fouilles programmées annuelles. L'occupation archéologique, située à 4 m de profondeur, est incluse dans un gley de toundra. L'ensemble de la séquence loessique, d'une puissance d'environ 8 m, correspond en grande partie au Pléniglaciaire supérieur weichselien. Les premières observations taphonomiques témoignent d'une nappe de vestiges rapidement recouverte par la sédimentation loessique. Six datations ¹⁴C sont maintenant disponibles et placent l'occupation entre 22000 et 23000 BP, soit aux alentours de 27000 ans cal. BP. La surface fouillée couvre actuellement 41 m². Le mobilier lithique et osseux, particulièrement riche, s'organise en différentes concentrations dont certaines peuvent atteindre plusieurs centaines de vestiges au mètre carré. Les restes osseux sont assez bien conservés et parmi le spectre faunique, le cheval apparaît comme l'espèce dominante. L'industrie lithique est réalisée dans un silex d'excellente qualité, disponible aux abords immédiats du site. Elle est caractérisée par une production de grandes lames, dépassant parfois les 20 cm, obtenues au percuteur organique tendre, pour la fabrication de l'outillage commun mais également de quelques armatures (pointes de la Gravette). Une production lamellaire autonome est dévolue à la fabrication des armatures composées de fragments de pièces à dos à retouche abrupte et de quelques microgravettes. À ces vestiges s'ajoute la découverte exceptionnelle de plusieurs statuettes féminines en craie et d'éléments de parure qui font l'objet d'une première description dans le cadre de cet article. Les statuettes, entières ou fragmentées, sont de dimensions variées. Elles partagent les mêmes particularités stylistiques, à savoir des caractères féminins exagérément prononcés avec une poitrine souvent opulente et des fesses parfois projetées vers l'arrière. Réalisées dans une craie assez tendre, l'état de conservation souvent fragmentaire de ces représentations humaines autorise cependant une bonne lecture des stigmates de fabrication. Compte tenu du matériau utilisé, la reconstitution de la chaîne opératoire de fabrication de ces statuettes pourra aisément inclure la réalisation de tests expérimentaux et apporter des hypothèses d'interprétation quant à la fragmentation de ces objets mobiliers. Le site a également livré des parures sous forme de rondelles en craie percées et parfois rainurées sur leur pourtour. Plusieurs moules internes silicifiés de Turritelles peuvent également être rapprochés de cette catégorie des parures. Ils proviennent probablement des affleurements lutétiens de la vallée de l'Aisne ou de la Marne, situés à environ 100 km au sud-est du gisement. La poursuite des recherches sur un gisement bien conservé comme celui d'Amiens-Renancourt 1 contribuera à une meilleure connaissance du peuplement et du modèle socio-économique des groupes de chasseurs qui ont occupé le Nord de la France avant le second maximum de froid du Weichselien. Préalablement rapportée au Gravettien final, l'attribution chronoculturelle s'oriente aujourd'hui davantage vers un faciès du Gravettien récent ou récent-final, qui reste à mieux définir. The Renancourt district, located to the west of the town of Amiens, has been known in archaeological literature since the beginning of the 20th century through work carried out by V. Commont in the 'ancienne briqueterie Devalois'0. Until recently, this open-air site was one of the rare early Upper Palaeolithic records for the whole loess region in the north of France. From the 1990s onwards, and particularly from 2010, the discovery of several sites as part of rescue archaeological operations enhanced the record and improved our knowledge of this period. In 2011, a new concentration of remains, discovered right beside the first excavations undertaken by V. Commont, was brought to light during archaeological assessments linked to a development project. Annual programmed excavations have been conducted since 2014 at this site, now called Amiens-Renancourt 1. The archaeological occupation, located at a depth of 4 m, is in a tundra gley. The loess sequence is about 8 m thick and corresponds mainly to the Upper Weichselian Pleniglacial. The first taphonomic observations point to a layer of remains covered rapidly by loess sedimentation. Six radiocarbon dates are now available and place the occupation between 22000 and 23000 BP, i.e. around 27000 cal. BP. The excavated surface currently extends over 41 m². The abundant lithic and bone objects are organized into different concentrations, some of which attain several hundred remains per square metre. The bone remains are relatively well conserved and the dominant species in the faunal spectrum is horse. The lithic industry is in high-quality flint, available immediately beside the site. It is characterized by the production of large blades, sometimes over 20 cm long, obtained with a soft organic hammer, for manufacturing common tools but also several microliths (Gravette points). Separate bladelet production is used for the production of microliths, made up of backed bladelets with abrupt retouch, and several microgravettes. Alongside these remains, several exceptional female statuettes in chalk were discovered with some ornamental elements. A first description of these objects is presented in this article. The whole or fragmented statuettes are of varied dimensions. They show the same stylistic characteristics, that is, overstated feminine attributes, often with full breasts and sometimes buttocks projected towards the rear. They are in fairly tender chalk and are often fragmented but are nonetheless conducive to the legible interpretation of manufacturing marks. Considering the material used, the reconstruction of the chaîne opératoire of these figurines could easily include experimental tests and provide interpretative hypotheses for the fragmentation of these objects. Two types of personal ornaments were also discovered on the site: perforated roundels in chalk, some of which are grooved around the edge, and internal silicified Turritella fossils which probably come from Lutetian outcrops from the Aisne or Marne valley, located about 100 km south-east of the site. Continued research at the 'high resolution' site of Amiens-Renancourt 1 will contribute to enhancing our knowledge of the settlement and socio-economic model of groups of hunters in the north of France before the second Weichselian glacial maximum. Previous chrono-cultural attributions pointed to a Final Gravettian age for this site, but current work indicates a Late-Final Gravettian age, which now requires further clarification.
Du Gravettien final dans le Nord de la France? Nouvelles données à Amiens-Renancourt (Somme, France)
Paris Clément, Fagnart Jean-Pierre, Coudret Paule. Du Gravettien final dans le Nord de la France ? Nouvelles données à Amiens-Renancourt (Somme, France). In: Bulletin de la Société préhistorique française, tome 110, n°1, 2013. pp. 123-126.
Paléoenvironnements pléistocènes et peuplements paléolithiques dans le bassin de la Somme (nord de la France)
Cet article constitue une présentation synthétique des principaux résultats du programme CNRS \"Paléoenvironnement et Hominidés\", consacré à l'étude des interactions entre le peuplement humain et l'évolution de l'environnement, entre 500 et 10 ka, par l'approche multidisciplinaire et diachronique des gisements clefs du bassin de la Somme. Les principaux résultats analytiques concernent les datations: ESR, TL-IRSL et 14C, qui renforcent le calage chronostratigraphique des différents gisements paléolithiques. Parallèlement les analyses bioclimatiques menées sur les sédiments fluviatiles (palynologie, malacologie, coléoptères), ou la mesure des variations du †13C du carbone organique et de la susceptibilité magnétique des loess et des paléosols ont permis d'affiner la restitution des différents paléoenvironnements pléistocènes, notamment interglaciaires. Les conclusions principales de la synthèse des données archéologiques, chronostratigraphiques et environnementales sont les suivantes: 1) Les premières occupations dans le bassin de la Somme remontent au maximum à environ 500-450 ka et sont d'emblée représentées par des industries acheuléennes déjà évoluées (début du stade 12, d'après les données des fouilles modernes). 2) Au cours du dernier cycle climatique l'occupation du bassin de la Somme et nettement discontinue et influencée par les modifications climatiques et environnementales: maximum de vestiges au cours du début-Glaciaire, quelques occupations pendant les Pléniglaciaires inférieurs et moyens, rares incursions vers 23-24 ka 14C, abandon total de la région entre 23 et 13 ka BP, puis recolonisation au début de l'amélioration climatique du Tardiglaciaire. 3) Bien que les données soient moins nombreuses, au cours du Pléistocène moyen le modèle du dernier cycle semble aussi valable pour la fin du Saalien (occupations humaines lors du la fin du stade 7 ou de transition 7/6 et abandon de la région lors du maximum de froid du stade 6). 4) Pour la période 500/450-200 ka les sites se localisent préférentiellement lors des périodes de transition climatique (début-Glaciaire ou tardiglaciaires). D'une manière générale, le peuplement du bassin de la Somme semble donc s'être effectué d'une manière nettement discontinue et avoir été fortement influencé par les conditions climatiques et enviornnementales. This paper represents a synthetic overview of the main results of the CNRS Programme \"Palaeoenvironments and Hominids\". This project focused on the study of interactions between human occupation and environmental modification, between 500 and 10 kyrs BP, based on multidisciplinary and diachronic studies of key sites in the Somme Basin. The main analytic results concern ESR, TL-IRSL and 14C dates, which reinforce the chronostratigraphical interpretation of the various Palaeolithic sites. At the same time, bioclimatic analyses of fluvial sediments (palynology, malacology, analysis of Coleoptera), combined with the measurement of δ13C variations of organic carbon, and of the low-field magnetic susceptibility in loess and fossil soils, allowed the restitution of the various Pleistocene environments, and especially of the full Interglacials, to be refined. The main conclusions of the synthesis of archaeological, chronostratigraphical and environmental data are the following. 1) The earliest human occupations in the Somme Basin are no older than 500-450 kyrs BP and are straight away represented by well evolved Acheulean industries (beginning of MIS 12, according to the data from modern excavations). 2) During the last climatic cycle, human occupation of the Somme Basin was clearly discontinuous and strongly influenced by climatic and environmental modifications: maximum during the Early-Glacial, some occupations during the Lower and Middle Maximum Glaciations, rare occurrences around 23-24 kyrs (14C), total abandonment of the area between 23 and 13 kyrs, then reoccupation with the beginning of the Lateglacial climatic improvement. 3) Although the data are less numerous, the model of the last climatic cycle seems to apply during the Middle Pleistocene for the end of the Saalian (occupation at the end of MIS 7 or at the transition MIS7/MIS6, and desertion of the area during the cold maximum of MIS 6). 4) Finally, between 500/450 and 200 kyrs human settlements mainly occurred during periods of climatic transition (Early or Lateglacial). From a general point of view, the human occupation of the Somme Basin during the Middle Pleistocene was therefore discontinuous and strongly influenced by climatic and environmental factors.
Données préliminaires sur les habitats des groupes de la tradition à Federmesser du bassin de la Somme
L'étude de la structuration des habitats attribuables à la tradition des groupes à Federmesser (aziliens) du bassin de la Somme repose sur des recherches récentes. Les interprétations proposées restent préliminaires dans la mesure où les fouilles du gisement de Saleux, au fort potentiel informatif ne sont pas achevées et que l'ensemble des analyses n'a pas encore été réalisé. L'hypothèse actuelle sur l'occupation du territoire au cours de l'oscillation d'Allerød invoque une mobilité résidentielle des groupes humains dont les déplacements fréquents sont une réponse à l'épuisement local des ressources animales disponibles. The study of the organisation and structure of occupation sites belonging to the Federmesser (Azilian) tradition in the Somme Valley has emerged from recent research. The interpretations proposed in this paper are necessarily of a preliminary nature since they are based on incomplete analyses and work still in progress at Saleux. The current model for Allerød occupation of this region is one of residential mobility in which human groups moved frequently in response to local depletion in the availability of animal resources.
Premières observations sur le gisement paléolithique supérieur final de la Vierge Catherine à Saleux (Somme)
Coudret Paule. Premières observations sur le gisement paléolithique supérieur final de la Vierge Catherine à Saleux (Somme). In: Bulletin de la Société préhistorique française, tome 89, n°2, 1992. pp. 42-47.
LES INDUSTRIES À FEDERMESSER DANS LE BASSIN DE LA SOMME: CHRONOLOGIE ET IDENTITÉ DES GROUPES CULTURELS
Depuis une dizaine d'années les industries à Federmesser du bassin de la Somme ont pu être situées dans un cadre chronostratigraphique et paléoécologique précis. Les occupations sont constamment associées au sol de Belloy-sur-Somme, attribué à l'oscillation d'Allerød (11800-10800 BP). Les fouilles du gisement d'Hangest-sur-Somme (gravière III.1) ont cependant montré que cette tradition technique apparaît un peu avant le début de cette oscillation comme dans quelques gisements du bassin de la Seine (Le Closeau à Rueil-Malmaison, grotte du Cheval à Gouy). Les groupes à Federmesser du Nord de la France représentent la réponse adaptative des chasseurs du Paléolithique final face à un environnement de plus en plus boisé où la faune froide du Magdalénien à chevaux et rennes a été remplacée par une faune tempérée à cerfs et aurochs dominants. L'étude détaillée des caractères typologiques, techniques et économiques des industries a permis de distinguer différents faciès transitionnels et évolutifs (phases pré-Allerød, début Allerød et fin Allerød) qui illustrent le caractère progressif et graduel du changement intervenu au sein de la tradition des groupes à Federmesser. Starting about ten years ago the Federmesser industries from the Somme basin have been placed in a very accurate chronostratigraphical and palaoecological framework. The occupations are constantly associated to the soil of Belloy-sur-Somme, attributed to the Allerød oscillation (11800-10800 BP). The excavations at the site of Hangest-sur-Somme (gravière III.1) have however shown that this technical tradition appears just before the beginning of this oscillation as in some sites of the Seine basin (Le Closeau at Rueil-Malmaison, the cave of Gouy). The Federmesser groups of Northern France represent the adaptative response of Final Palaeolithic hunters to conditions of increased forestation where the Magdalenien cold fauna with horse and reindeer has been replaced by a temperate fauna with red deer and bovids. The detailed study of the different transitional and evolutive facies (pre-Allerød, early-Allerød and late-Allerød phases) illustrates the progressive and gradual change in the tradition of the Federmesser groups.
LE GISEMENT PALÉOLITHIQUE FINAL DES PRÉS-DU-MESNIL A LA CHAUSSÉE-TIRANCOURT (SOMME)
Le creusement d'un étang privé, au lieu-dit les Prés-du-Mesnil à La Chaussée-Tirancourt (Somme), a permis la découverte d'une occupation tardiglaciaire enfouie sous la plaine alluviale de la Somme. Les données stratigraphiques ainsi que les analyses palynologiques et malacologiques situent cette occupation, attribuable à la tradition des groupes à Federmesser, au cours de l'oscillation d'Alleröd. The excavation of a private pond in les Prés-du-Mesnil at La Chaus-sée-Tirancourt (Somme) allowed the discovery of a Late Glacial occupation located under the Somme flood plain. The stratigraphical context and the palynological and malacological analysis give an Alleröd age to the Federmesser occupation.